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Entretien avec Bernard Bensaid : le concept d’ingénieur social

Monsieur Bensaid, vous vous présentez comme un ingénieur social, pouvez-vous nous préciser votre vision de ce métier ?

Bernard Bensaid : L’ingénierie sociale est née de la professionnalisation du travail social. Dans ce secteur, les usagers vivent dans un contexte socio-économique et environnemental de plus en plus complexe. La réponse sociale aux problèmes actuels de la société demande une compréhension de plus en plus large d’un problème : public cible, politique, environnement, économie, budget, législation, réseaux et partenariats, évaluation, cohérence …

L’ingénierie sociale désire appréhender la complexité du social pour en permettre des changements positifs.

C’est un professionnel de haut niveau qui est d’abord un spécialiste des politiques publiques. Il est capable d’établir un diagnostic des besoins locaux d’une population et de proposer des réponses. Si aucune veille sociale n’existe sur son territoire d’intervention ou si les outils de remontée d’informations s’avèrent défaillants, il est en mesure de concevoir et de piloter leur installation. Dans ce cadre, ses compétences en management peuvent l’amener à mobiliser les différents acteurs impliqués dans un dispositif en vue de son adaptation aux besoins du terrain.

Une part importante de son expertise s’applique au développement du savoir-faire des organisations. Il peut par exemple piloter un dispositif d’évaluation interne, recenser les bonnes pratiques, et mobiliser des compétences pédagogiques pour organiser l’accompagnement des salariés dans des parcours de formation, de tutorat et de validation des acquis.

Tantôt dans la critique des systèmes mis en place, tantôt dans l’anticipation, l’ingénieur social est un interlocuteur incontournable des élus locaux et des dirigeants associatifs.

La diversité des demandes qui lui sont adressées explique que, contrairement à d’autres métiers du travail social, celui d’ingénieur social se décline en réalité en de multiples métiers de l’encadrement et du conseil.

M. Bensaid, « Ingénieur social » n’est pas un intitulé figurant dans la nomenclature des métiers utilisée par l’Insee pour le traitement des données du recensement, pourquoi ?

Bernard Bensaid : Le concept d’ingénierie sociale et le terme d’ingénieur social posent parfois des polémiques. Le terme d’ingénieur est défini par le dictionnaire comme une personne ayant la capacité de concevoir un projet scientifique et technique de la conception jusqu’à sa réalisation. D’autre part, le travail social parait peu enclin à être défini comme scientifique ou technique. Le terme d’ingénieur est réservé aux écoles d’ingénieurs. Lorsqu’il s’agit de travailler le social, des méthodes scientifiques et techniques, inspirées des méthodes des ingénieurs, ont été adaptées au contexte du non-marchand.

Dans le social, il faut savoir faire de plus en plus, avec peu de moyens. Aussi, la recherche d’efficacité et de rentabilité est également présente, qu’elle soit désirée ou qu’elle soit une nécessité pour la survie de l’organisme. L’État propose la professionnalisation de cette méthode de travail du social afin de former, via un master universitaire, dans le secteur non-marchand, des cadres développeurs, des coordinateurs, des gestionnaires de projets, capables :

• d’analyser une problématique sociale
• de produire des connaissances
• de réaliser un diagnostic social
• de concevoir, d’innover et gérer les différentes étapes de gestion de la problématique, en mettant au centre l’avis des usagers vivant la problématique analysée et mettant en concertation les différentes politiques et acteurs sociaux liés à la problématique
• de gérer l’aspect communication et la GRH
• de réaliser une évaluation.

On devient ingénieur social par volonté d’élargir son action jusqu’à l’organisation de la réponse sociale sur les territoires. C’est donc une fonction réservée à des professionnels, non seulement dotés de solides compétences analytiques et méthodologiques, mais également d’un sens politique et d’une lecture attentive des évolutions de la société.

Vous êtes le président du groupe DocteGestio, et vous avez fait de la reprise d’activités en difficulté votre raison d’être et votre spécialité, comment appliquez-vous ce concept d’ingénierie sociale ?

Bernard Bensaid : Le groupe représente une force d’action économique qui peut développer qualité et densité d’un réseau de partenaires et d’usagers. S’il était pionnier dans le secteur de l’immobilier, il s’est vite orienté et diversifié vers les métiers d’accompagnement de l’homme tout au long de sa vie : « jeune enfance et famille, adolescents jeunes adultes, familles, personnes en situation de handicap et adultes vieillissants ».

Comment faites-vous cela M. Bensaid ?

Bernard Bensaid : Les spécialistes de ces métiers médicaux et sociaux qui travaillent en parfaite osmose avec les spécialistes de l’informatique, de la finance, de la gestion créent un environnement favorable pour les outils qui vont permettre d’accompagner la mise en place des solidarités voulues par les politiques.

L’innovation dans chaque domaine, la mutualisation des moyens et des connaissances, sont au cœur de la réflexion quotidienne, des équipes des professionnels du groupe. Les partenaires institutionnels et les usagers eux-mêmes participent à la réflexion et à l’action.

Au niveau de développement que nous avons atteint, nous voulons asseoir notre notoriété en continuant à agglomérer de nouvelles structures à notre groupe.

Mais vous êtes aussi un groupe financier, vous voulez gagner de l’argent ?

Bernard Bensaid : Certes le groupe a besoin de gagner de l’argent, c’est la raison d’être d’un système économique.

Cependant le médical, le médico-social, le tourisme populaire, ne sont pas des métiers à fort rendement économique. De plus l’argent que nous gagnons n’est pas capitalisé, mais il est réparti entre les salariés, permet la rénovation de nos acquisitions, ou encore sert à être investi dans de nouvelles acquisitions venant en sauvegarde d’unités de travail.

Grâce à notre investissement humain et économique nous sauvons des emplois par nos reprises et surtout grâce au modèle économique que nous avons imaginé, que nous développons et que nous adaptons en fonction de l’évolution de l’environnement de notre métier. Ce n’est pas notre raison d’être principale, mais notre modèle économique y contribue largement.

Est-ce une réponse aux besoins d’évolution de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) ?

Bernard Bensaid : Nous pensons et nous prouvons que nous avons mis en place un bon modèle économique adapté à l’Economie Sociale et Solidaire.

Celle-ci, historiquement s’est constituée d’un réseau composé de nombreux acteurs, associatifs essentiellement. Les bonnes volontés et la motivation des gouvernances bénévoles suffisaient pour piloter ces structures et à les équilibrer financièrement dans un contexte économique relativement riche. De plus, la diversité des règles établie par les Conseils généraux, devenus Conseils départementaux est très hétérogène sur le territoire lequel connaît également d’importantes modifications dans son organisation en particulier par la mise en place des métropoles qui font perdre aux conseils départementaux leurs prérogatives.

Les moyens financiers mis à disposition des personnes dépendantes diminuent, alors que la population en besoin, a tendance à augmenter.

Enfin le monde du travail évolue très vite, en mettant à disposition des outils numériques puissants et en prenant de nouvelles formes telles que l’Ubérisation.

En réponse à ces évolutions et à ces besoins,les ingénieurs du groupe ont conçu un modèle économique qui s’empare de ces outils.

La répartition territoriale des services médico-sociaux est un élément fondamental. Il faut mettre fin au morcellement et construire des territoires d’intervention avec une dimension permettant une véritable mutualisation des moyens.

La zone d’intervention ne doit plus être politique, mais elle doit dépendre de la concentration des besoins des personnes aidées.

La mutualisation des moyens, si elle s’opère sur le terrain, doit aussi être un principe dans les services logistiques dont l’objectif majeur est d’assurer que la production dispose des moyens nécessaires à la réalisation de sa mission (ressources humaines, formation, qualité, sécurité, environnement, moyens de déplacement, communication, actions « commerciales », etc.).

La diminution des coûts par l’organisation est un principe de base.

La conduite des plans d’action pour atteindre ces objectifs est confiée aux personnes pleines de talents qui rejoignent le groupe parce qu’elles découvrent que leurs compétences vont être utiles à la construction d’un modèle économique nécessaire, mais aussi en pleine mutation par l’exploitation numérique des données de toutes natures qui s’échangent entre les fonctions du groupe et avec son environnement.

Le monde politique fait les choix de société nécessaires à l’évolution sociétale, et le groupe entend participer à la construction et à la gestion des outils qui vont permettre d’apporter les réponses satisfaisantes pour les personnes fragiles, mais aussi pour les finances publiques.

Et l’innovation, comment l’appliquez-vous ?

Bernard Bensaid : DocteGestio veut se positionner comme le metteur en œuvre des axes de solidarité décidés par les pouvoirs publics, les collectivités territoriales et les institutions.

Le groupe entend apporter sa compétence dans l’élaboration et l’adaptation continue du modèle économique le plus efficient pour se rapprocher du marché et réagir rapidement aux nouvelles tendances.

Dans l’économie actuelle la durée de vie des produits et des services est réduite et la compétition est vive et imprévisible : l’innovation est devenue indispensable.

Grâce à elle, les entreprises ou les structures associatives peuvent renforcer leur position concurrentielle sur les marchés. L’innovation favorise la productivité indispensable à la baisse des coûts, à la qualité des produits et services proposés et au développement des compétences. L’investissement dans ces compétences permet aux entreprises de maintenir un avantage concurrentiel durable et un service adapté.

L’innovation ne doit pas se limiter au développement technologique des produits. En cohérence avec la stratégie de l’entreprise, l’innovation permet aussi de développer les fonctions nécessaires à la création d’un modèle économique efficace. Il faut implanter une culture d’innovation permanente dans toute l’entreprise.

Pour les collaborateurs, l’innovation oblige à maintenir à jour ses compétences et son efficacité. C’est aussi le moyen de garder et d’attirer les bons éléments (talents).

Une culture de collaboration interne (collaborateurs) et externe (clients usagers et fournisseurs) devient possible pour construire le modèle économique, les produits, les services les mieux adaptés.

La surveillance et l’évaluation permanente sont nécessaires pour redresser la barre si le besoin s’exprime.

L’innovation permet de devenir indispensable sur le marché, de réduire ses coûts et de réduire l’incertitude de l’avenir.

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